Industrie Musicale : Comment les ‘’pirates’’ appauvrissent les artistes en Côte d’Ivoire

Industrie Musicale : Comment les ‘’pirates’’ appauvrissent les artistes en Côte d’Ivoire

La piraterie audiovisuelle sous toutes ses formes s’est considérablement développée en Côte d’Ivoire au cours de ces dernières années. Le phénomène fait partie de cette économie « informelle » devenue si familière dans l’environnement quotidien, dans la rue, sur les lieux de travail voire dans les domiciles, qu’elle semble « normale ». Les CD  ‘’piratés ou dupliqués’’ sont vendus à 250 frs  ou 500 frs auprès des revendeurs qui revendent soit 500 frs ou 1000 frs selon la tendance sur le marché. Pendant ce temps les artistes tirent le diable par la queue. Visite dans cet univers qui tue la création en Côte d’Ivoire.

 

M.B.J appelé dans le jargon abidjanais, ‘’pirate’’, la  trentaine d’années duplique les CD et productions d’artistes depuis plus d’une dizaine d’années. Par l’entremise d’une connaissance, il nous autorise à visiter sa salle de production.

Des piles de CD gravés en tas, des pochettes d’artistes piratés sur la table, un ordinateur, une unité centrale et une imprimante à graver, ainsi se résume son arsenal de piratage.

Sous un regard méfiant, il nous accueille. Mais la peur persiste. La raison : les agents du Bureau ivoirien des droits d’auteurs (Burida) et de la police sont les instigateurs de cette hantise. Et pour cause, la prison, en cas d’arrestation et une amende en allant de un million à deux millions de francs leur est exigée pour le délit. Mais la ténacité de mon accompagnateur a eu raison de sa méfiance et de sa peur et l’a fait sortir de sa réserve. 

M.B.J. nous présente ‘’sa société’’ et ses outils de travail. « Je suis dans ce domaine depuis plus de 10 ans. Je dispose d’un moniteur, d’une unité centrale qui me sert à télécharger le son sur le net, les clés USB et les cartes mémoires pour récupérer l’œuvre extraite et enfin un graveur pour graver les CD vierges. Je grave plus de 1000 CD par jour et je vends entre 300 ou 400 CD par jour selon la demande, surtout pendant les périodes de fête  telles Noël et la fin d’année où la demande s’accentue» .Comme justification il accuse le chômage. « Et bien le manque de travail et surtout le coût élevé des CD originaux, trop élevé pour certaines bourses, favorise l’essor et nous oblige à la piraterie», se défend-t-il. Pour eux, c’est un moyen d’aider les consommateurs et de s’aider.

Ici il est formellement interdit  de prendre des images .

Informations prises, il existe plusieurs catégories de graveur : il y a des graveurs simples et  des graveurs à multipistes composés de  2 graveurs pour 80 à 100 par minutes, de 4 à 8 graveurs avec une production de 600 à 1000 disques et le dernier avec une production de 20 disques en 10 minutes. En une heure seulement, le consommateur se retrouve avec des nouvelles sonorités et les dernières tendances sur le marché et cela à moindre coût. La production se fait au marché, en domicile, en somme la piraterie se passe part tout.

 

Le choix de l’œuvre à dupliquer

Le choix se fait selon l’artiste en vogue ou l’œuvre du moment. Pour ce faire ils se rendent sur des sites de préférences tels Ivoire plus, cas bien. Fr et bien d’autres sites. Pour ceux qui ne connaissent pas l’univers du net, ils achètent l’œuvre originale à pirater.

En marge de cette activité, il ya une autre branche qui tire profit : il s’agit des infographistes qui confectionnent les pochettes qui embellissement le CD. Une pochette réalisée coûte 50 frs.

 

La production et la vente

Le pirate se fait de l’argent facilement  sur le dos de l’artiste et ses CD sont distribués à une échelle nationale dans les dix communes d’Abidjan et à l’intérieur du pays. Ces mêmes ‘’pirates’’ peuvent être à la fois producteurs et revendeurs tandis que d’autres livrent  à des revendeurs. On retrouve  ces œuvres des artistes qui se vendent sur toutes les  grandes artères : Adjamé-liberté, Yopougon -Siporex jusqu’ à Abobo-gare, etc.

Au  Black market d’Adjamé, ce sont plusieurs magasins certains spécialisés dans la duplication des CD. Le magasin qui reçoit appartient à N.H. Par contre chez lui, la seule différence au niveau du matériel réside dans l’imprimante à graver, une  impressionnante machine nommée Robot graveur, à la forme d’une unité centrale pouvant graver de 10 à 50  disque en 5 et en 10 minutes , produisant plus de 1000 disques par jour.

Le coût de ce ‘’monstre’’ varie entre 200.000 frs à 300.000 francs CFA. Pour lui, l’essor de la piraterie vient de l’évolution discographique musicale « Avant la piraterie était moindre avec le vinyle, les 33 tours, 45 tours, il était impossible de pirater. Le piratage a véritablement commencé avec l’avènement des casettes audio où on pouvait dupliquer selon son bon vouloir, en bande audio ou vidéo » explique notre interlocuteur. Toutefois, il estime que face à la répression des forces de l’ordre , ils sont obligés désormais de se faire plus discrets dans leurs opérations quotidiennes.

Chaque année de nombreux pirates sont arrêtés et des milliers de CD détruits. Mais le phénomène a la peau dure ! Une  Brigade de lutte contre la fraude et la piraterie (Blfp), une unité spéciale de police a été créée par le gouvernement pour contrer le fléau de la contrefaçon des œuvres de l’esprit rattachée au ministère de la Culture et de la Francophonie.

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