Le ziglibithy ce rythme musical made in Côte d’Ivoire qui se meurt

Le ziglibithy ce rythme musical  made in Côte d’Ivoire qui se meurt

Lorsqu’en Juin 1983 s’éteignait Ernest Djédjé Blé Louis alias Ernesto Djédjé, ils sont nombreux ses disciples qui ont promis continuer son œuvre: le Ziglibity. Blissi Tebil, Johnny Lafleur, Luckson Padaud, Diabo Steck et bien d’autres s’étaient fait les porte-étendards d’un rythme musical dont la notoriété avait largement dépassé les frontières de la Côte d’Ivoire. Trois décennies plus tard, le ziglibithy est en perte de vitesse. C’est avec nostalgie que l’on évoque les grands titres Aguissè, Ziboté [deux albums à succès, ndlr]. Le ziglibity, c’est la marque de fabrique d’Ernesto Djédjé, une danse traditionnelle bété qu’il a revisitée. Le nom de ziglibithy est formé du mot « zigli » qui signifie « danse » et « bhithy » qui signifie « chanson sucrée, mielleuse, succulente, douce dont on ne peut résister ». « Avec Aguissè, Ziboté [deux albums à succès, ndlr], la Côte d’Ivoire a retrouvé sa musique, son identité culturelle. Le ziglibity c’est une musique qui sort du terroir bété, précisément de Tahiraguhé, Daloa, où il est né. C’est non seulement une musique, mais c’est aussi une danse. Il y a beaucoup d’expression corporelle », a confié en décembre dernier  le batteur Diabo Steck un fidèle compagnon de l’artiste, lors d’un grand concert à la mémoire du chanteur ivoirien organisé par l'Institut national supérieur des arts et de l'action culturelle (Insaac) d'Abidjan.

La force de Djédjé

 Et c’est Tiburce Koffi, le directeur de l’Institut,  d’ajouter : « La force de Djédjé, explique-t-il, c’est qu’il a interrogé ses racines culturelles. Il a découvert le ziglibity, il l’a transformé pour le rendre plus urbain. Il nous appartient à nous autres de l’Insaac qui avons une mission académique, de porter ce grand créateur à la postérité et faire en sorte qu’il devienne nos classiques. » De tous les rythmes ivoiriens qui ont connu un succès certain dans la sous-région et en Afrique centrale, le ziglibity détient la palme d’Or. Car, dans les années post-indépendances, la plupart des pays africains n’étaient véritablement ouverts aux autres cultures, encore moins à un nouveau genre musical dont le précurseur n’avait pas encore fini de boucler la promotion sur son propre territoire.
Mais Ernesto Djédjé a eu l’audace de l’imposer hors de nos frontières rien que par son talent de chanteur et de danseur. Décédé le 9 juin 1983 à l’hôpital militaire de Yamoussoukro, Ernesto Djédjé, le Gnoantré national a disparu au moment où son ziglibity faisait tache d’huile. Flash-back sur la carrière de cet artiste trop tôt disparu. Chanteur, danseur, compositeur, musicien, arrangeur, Ernesto Djédjé était le modèle d’artiste multidimensionnel. Il a débuté sa carrière de musicien en jouant d’abord de la guitare au début des années 60 à Treichville où il vivait avec un de ses oncles. Le Ziglibity est un rythme originaire du Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire, principalement de la région de Daloa. Mais avant de le moderniser et de le porter à la connaissance des mélomanes ivoiriens et africains, Ernesto Djédjé est passé par plusieurs labyrinthes musicaux avant d’aboutir à sa découverte. Le ziglibithy s’inspire des sonorités traditionnelles des peuples de l’ouest de la Côte-d’Ivoire (Bétés, Gouros, Didas), dont le zagrobi. Le ziglibithy est un style musical et une danse tradi-moderne. Le ziglibithy puise ses origines dans le rythme du « Digbha », la tenue du discours lyrique du « Tohourou-Doblhé » et la gestuelle du « Glhè » ivoirien. Selon le musicologue Valen Guébé, Ernesto Djédjé a désacralisé ces éléments en les modernisant par des transformations instrumentales et l’introduction du funk. « Dans le ziglibithy apparaît encore la dimension ré-créatrice d’Ernesto Djédjé lorsqu’il remet en cause les règles de l’harmonie classique en utilisant les quintes et tierces parallèles interdites parce que considérées comme des fautes dans ladite harmonie (voir le morceau kpihigou ou Kpuigou dans album Henri Konan Bédié). Dans ce défi harmonique, Ernesto Djédjé utilise le jeu rythmique des percussions à la guitare et cela crée à l’écoute des sensations émotionnelles mélodico-rythmiques » affirme Valen Guédé.

L’héritage musical du ‘’Gnoantré national’’

Aujourd’hui, la question que l’on se pose est celle de l’avenir du Ziglibity dans la mesure où rare sont les artistes qui sortent des sonorités digne de celle du ‘’gnoantré national ». « Si aujourd’hui aucun artiste de la place ne prétend faire du Ziglibity, il faut admettre que dans le fond, ce rythme musical continue de subsister à travers des œuvres au plan musical comme chorégraphique. Lesquelles oeuvres font aujourd’hui la joie et la fierté de la musique ivoirienne. Zouglou, Coupé décalé ou même les musiques de variétés utilisent très souvent des formules rythmiques et mélodiques qu’employait Ernesto », relèvent des analystes de la vie musicale en Côte d’Ivoire. Un héritage lourd à défendre au regard des qualités du ‘’gnoatré national’’ comme le relevait le confrère top visages dans l’une de ses parutions : « Excepté le fait que Djédjé était un artiste complet (musicien et chanteur talentueux), il savait communiquer la passion de son art à son public par la danse. L’homme était un virtuose en la matière. Mais avant de monter sur la scène, il éblouissait d’abord par son style vestimentaire. Tout ce qu’il portait comme habits contribuait à valoriser son jeu de scène. Sa coiffure afro et ses favoris qu’il prenait plaisir à entretenir donnaient un look viril à sa personnalité. Que ce soit de simples vêtements, des ensembles gris, noirs ou blancs, Djédjé paraissait très élégant avec son physique impressionnant (198 centimètres pour près de 95 kilos) qui ne laissait personne indifférent ».  Il appartient à chacun d’œuvrer pour que l’héritage musical du ‘’Gnoantré national’’ ne soit pas rangé dans les tiroirs de l’oubli.

 

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