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La leçon de…Sam Mbende

La leçon de…Sam Mbende

« Il faut revaloriser le secteur de la musique dans l’audiovisuel en Afrique »

L’expert en droit d’auteur, par ailleurs président de l’Alliance panafricaine des auteurs compositeurs de musique et membre exécutif du Conseil international de la musique, parle de l’intérêt de comprendre l’importance des œuvres musicales dans le secteur de l’audiovisuel, particulièrement dans le cinéma. Nous l’avons rencontré en février 2019 à Ouagadougou, au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou.

Vous êtes un artiste bien connu dans les milieux de la musique. Qu’est-ce qui justifie votre présence ici à Ouagadougou, à un festival dédié au cinéma ?

Nous sommes venus animer une conférence internationale dont l’objet est le droit d’auteur dans le domaine audiovisuel. Les gens ne savent pas que dans l’audiovisuel, il y a le son qui intervient. Celui-ci ne renvoie pas forcément aux bruitages qu’on entend  dans les films, mais il s’agit de musique. Nous avons voulu établir la corrélation entre la musique et l’audiovisuel partant de la question de savoir si les images seraient plus expressives et pourraient donner plus d’émotions si elles n’étaient pas accompagnées de musique. Il me semble que non. Dans la chaîne de production des oeuvres cinématographiques, on retrouve l’auteur des compositions musicales et tous ses intervenants sont liés de manière formelle par des contrats. Le producteur signe des contrats avec les acteurs, avec le scénariste, avec l’auteur des œuvres musicales et, pour la diffusion, tous ces gens-là ont besoin des autorisations et c’est là où le droit d’auteur intervient, puisque la création d’une œuvre audiovisuelle relève du droit d’auteur.

La musique était déjà présente dans le cinéma avant les voix, à l’époque du cinéma muet. Quelle est la chaîne de création des œuvres musicales pour le cinéma ?

Les différents métiers au niveau de l’audiovisuel et musical sont nombreux. Vous avez les techniciens de son, les scénaristes, les metteurs en scène. Mais, pour nous focaliser dans le domaine musical, vous avez dit quelque chose de très important, c’est l’évocation du cinéma muet. Ceci n’est pas vrai dans l’absolu aujourd’hui. Les gens pensent que quand on parle d’audiovisuel, il n’y a que l’image. On oublie trop souvent la musique. C’est pour cette raison que les gens me demandent ce que je fais à Ouagadougou, au Fespaco. La musique n’a pas beaucoup d’importance dans le contexte cinématographique africain. Lorsque vous voyez que les films de musique ont fait des succès internationaux comme Ennio Moricone (Le bon, la brute et le truand), Whitney Houston (Bodyguard), Céline Dion (Titanic), vous mesurez l’impact de la musique sur les productions cinématographiques. Sans ces chansons, ces films n’auraient peut-être pas connu un tel succès. Or, la musique a toujours une portion congrue. Et nous nous battons pour qu’elle trouve sa place dans le domaine audiovisuel.

Il faut revaloriser le secteur de la musique dans l’audiovisuel en Afrique. Je vous donne un exemple. Savez-vous qu’en général, on prime tout le monde, sauf l’auteur des  compositions musicales et audiovisuelles ? Or, celui-ci fait partie de l’écosystème audiovisuel. Pour les musiques de film, il faut signer des contrats avec les éditeurs, avec les artistes, avec les auteurs-compositeurs.

La musique est présente partout, que ce soit dans les fictions, les documentaires, les dessins animés, etc. Il faut donner à la musique, la place qu’elle mérite. Et même quand on regarde les distinctions, on se rend compte qu’on prime les réalisateurs, les scénaristes, les acteurs, mais assez rarement les auteurs compositeurs.

Y a-t-il une sensibilisation pour une meilleure considération de la musique dans le secteur audiovisuel?

C’est pour cette raison que la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (Cisac) est venue au Fespaco et a organisé cette conférence internationale. Et moi, en tant que président de l’Alliance panafricaine des auteurs compositeurs de musique et membre du Conseil international des auteurs de musique, j’attire l’attention sur ce volet du Fespaco, qui a d’ailleurs répondu favorablement. La Cisac vient de signer un partenariat historique avec le Fespaco.

A terme, il faut vraiment sensibiliser les institutions à comprendre le rôle de la musique dans l’audiovisuel. Ce n’est parfois pas de la mauvaise foi de leur part. Il y a un énorme besoin de communication que nous devons combler. Nous devons leur montrer les tenants et les aboutissants de cette corrélation. Elles doivent comprendre les droits et les obligations des uns et des autres. Le monde évolue. Nous devons anticiper sur un certain nombre de choses.

Quels sont les différents types de contrats qui peuvent lier un auteur-compositeur à un projet cinématographique ?  

Il existe différents types de contrats dans le domaine audiovisuel : le contrat de production, les œuvres de commande, etc. C’est bien d’avoir un mariage entre la musique et l’audiovisuel. Mais, tous ces intervenants ont des droits et tout doit être préalablement formalisé, sinon ça ne marche pas. Dans le système anglosaxon, c’est différent. Le producteur exécutif a tous les pouvoirs parce qu’il a de l’argent. Chez nous, dans le système latin, c’est le réalisateur le tout-puissant. Tout dépend du système. Mais, encore une fois, il est important de connaître tous les préalables.

Cas pratique : il y a un projet de films qui a droit au volet musique ?

En fait, il y a deux cas de figure. Si l’œuvre est préexistante, il faut demander l’autorisation de l’utiliser à la maison de production, à l’auteur, à la société de gestion collective s’il y est affilié. Lorsque vous l’utilisez, cela suppose que les droits vous ont été cédés et, en contrepartie, vous devez lui reversez des droits, une fois que le film est diffusé. Si cette œuvre est réalisée par un producteur différent, alors le producteur signera un contrat avec l’artiste interprète –celui qui interprète les œuvres dans le film. Celui-ci touchera les droits voisins, et le producteur du phonogramme va également toucher des droits.

Le second cas de figure est qu’il peut s’agir d’une œuvre de commande. Les intervenants peuvent signer un contrat de commande. Vous allez voir l’auteur-compositeur, vous lui expliquez le projet et il compose des musiques spécialement pour votre projet. Dans ce cas, l’auteur-compositeur signe un contrat avec le producteur. Dans le contexte anglosaxon, une fois que l’auteur-compositeur a fini, le producteur ne lui doit rien. Dans le système francophone, l’auteur-compositeur peut se réserver certains droits si vous convenez que vous réalisez les musiques, mais pas dans le cadre d’une œuvre de commande. L’auteur-compositeur peut faire son travail et demander à toucher des droits chaque fois que le film est diffusé. 

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